LES PLAIDEURS

 

PERSONNAGES

DANDIN juge.

LÉANDRE fils de Dandin.

CHICANNEAU bourgeois.

ISABELLE fille de Chicanneau.

LA COMTESSE

PETIT JEAN portier.

L'INTIMÉ secrétaire.

LE SOUFFLEUR  

La scène est dans une ville de Basse-Normandie.


Au lecteur

Quand je lus les Guêpes d'Aristophane, je ne songeais guère que j'en dusse faire les Plaideurs. J'avoue qu'elles me divertirent beaucoup, et que j'y trouvai quantité de plaisanteries qui me tentèrent d'en faire part au public; mais c'était en les mettant dans la bouche des Italiens, à qui je les avais destinées, comme une chose qui leur appartenait de plein droit. Le juge qui saute par les fenêtres, le chien criminel et les larmes de sa famille me semblaient autant d'incidents dignes de la gravité de Scaramouche. Le départ de cet acteur interrompit mon dessein, et fit naître l'envie à quelques-uns de mes amis de voir sur notre théâtre un échantillon d'Aristophane. Je ne me rendis pas à la première proposition qu'ils m'en firent. Je leur dis que quelque esprit que je trouvasse dans cet auteur, mon inclination ne me porterait pas à le prendre pour modèle si j'avais à faire une comédie, et que j'aimerais beaucoup mieux imiter la régularité de Ménandre et de Térence, que la liberté de Plaute et d'Aristophane. On me répondit que ce n'était pas une comédie qu'on me demandait, et qu'on voulait seulement voir si les bons mots d'Aristophane auraient quelque grâce dans notre langue. Ainsi, moitié en m'encourageant, moitié en mettant eux-mêmes la main à l'oeuvre, mes amis me firent commencer une pièce qui ne tarda guère à être achevée.

Cependant la plupart du monde ne se soucie point de l'intention ni de la diligence des auteurs. On examina d'abord mon amusement comme on aurait fait une tragédie. Ceux mêmes qui s'y étaient le plus divertis eurent peur de n'avoir pas ri dans les règles et trouvèrent mauvais que je n'eusse pas songé plus sérieusement à les faire rire. Quelques autres s'imaginèrent qu'il était bienséant à eux de s'y ennuyer et que les matières de palais ne pouvaient pas être un sujet de divertissement pour les gens de cour. La pièce fut bientôt jouée à Versailles. On ne fit point de scrupule de s'y réjouir; et ceux qui avaient cru se déshonorer de rire à Paris furent peut-être obligés de rire à Versailles pour se faire honneur.

Ils auraient tort, à la vérité, s'ils me reprochaient d'avoir fatigué leurs oreilles de trop de chicane. C'est une langue qui m'est plus étrangère qu'à personne, et je n'en ai employé que quelques mots barbares que je puis avoir appris dans le cours d'un procès que ni mes juges ni moi n'avons jamais bien entendu.

Si j'appréhende quelque chose, c'est que des personnes un peu sérieuses ne traitent de badineries le procès du chien et les extravagances du juge. Mais enfin je traduis Aristophane, et l'on doit se souvenir qu'il avait affaire à des spectateurs assez difficiles. Les Athéniens savaient apparemment ce que c'était que le sel attique; et ils étaient bien sûrs, quand ils avaient ri d'une chose, qu'ils n'avaient pas ri d'une sottise.

Pour moi, je trouve qu'Aristophane a eu raison de pousser les choses au-delà du vraisemblable. Les juges de l'Aréopage n'auraient pas peut-être trouvé bon qu'il eût marqué au naturel leur avidité de gagner, les bons tours de leurs secrétaires et les forfanteries de leurs avocats. Il était à propos d'outrer un peu les personnages pour les empêcher de se reconnaître. Le public ne laissait pas de discerner le vrai au travers du ridicule; et je m'assure qu'il vaut mieux avoir occupé l'impertinente éloquence de deux orateurs autour d'un chien accusé, que si l'on avait mis sur la sellette un véritable criminel et qu'on eût intéressé les spectateurs à la vie d'un homme.

Quoi qu'il en soit, je puis dire que notre siècle n'a pas été de plus mauvaise humeur que le sien, et que si le but de ma comédie était de faire rire, jamais comédie n'a mieux attrapé son but. Ce n'est pas que j'attende un grand honneur d'avoir assez longtemps réjoui le monde; mais je me sais quelque gré de l'avoir fait sans qu'il m'en ait coûté une seule de ces sales équivoques et de ces malhonnêtes plaisanteries qui coûtent maintenant si peu à la plupart de nos écrivains, et qui font retomber le théâtre dans la turpitude d'où quelques auteurs plus modestes l'avaient tiré.

Acte I

scène 1 : PETIT JEAN.

----------PETIT JEAN, traînant un gros sac de procès.
----Ma foi ! sur l'avenir bien fou qui se fiera :
----Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera.
----Un juge, l'an passé, me prit à son service ;
----Il m'avait fait venir d'Amiens pour être Suisse.
  5 Tous ces Normands voulaient se divertir de nous :
----On apprend à hurler, dit l'autre, avec les loups.
----Tout Picard que j'étais, j'étais un bon apôtre,
----Et je faisais claquer mon fouet tout comme un autre.
----Tous les plus gros monsieur me parlaient chapeau bas ;
 10 « Monsieur de Petit Jean », ah ! gros comme le bras !
----Mais sans argent l'honneur n'est qu'une maladie.
----Ma foi ! j'étais un franc portier de comédie :
----On avait beau heurter et m'ôter son chapeau,
----On n'entrait pas chez nous sans graisser le marteau.
 15 Point d'argent, point de Suisse, et ma porte était close.
----Il est vrai qu'à Monsieur j'en rendais quelque chose :
----Nous comptions quelquefois. On me donnait le soin
----De fournir la maison de chandelle et de foin ;
----Mais je n'y perdais rien. Enfin, vaille que vaille,
 20 J'aurais sur le marché fort bien fourni la paille.
----C'est dommage : il avait le coeur trop au métier ;
----Tous les jours le premier aux plaids, et le dernier,
----Et bien souvent tout seul ; si l'on l'eût voulu croire
----Il y serait couché sans manger et sans boire.
 25 Je lui disais parfois : « Monsieur Perrin Dandin,
----Tout franc, vous vous levez tous les jours trop matin.
----Qui veut voyager loin ménage sa monture.
----Buvez, mangez, dormez, et faisons feu qui dure. »
----Il n'en a tenu compte. Il a si bien veillé
 30 Et si bien fait qu'on dit que son timbre est brouillé.
----Il nous veut tous juger les uns après les autres.
----Il marmotte toujours certaines patenôtres
----Où je ne comprends rien. Il veut, bon gré, mal gré,
----Ne se coucher qu'en robe et qu'en bonnet carré.
 35 Il fit couper la tête à son coq, de colère,
----Pour l'avoir éveillé plus tard qu'à l'ordinaire ;
----Il disait qu'un plaideur dont l'affaire allait mal
----Avait graissé la patte à ce pauvre animal.
----Depuis ce bel arrêt, le pauvre homme a beau faire,
 40 Son fils ne souffre plus qu'on lui parle d'affaire.
----Il nous le fait garder jour et nuit, et de près :
----Autrement, serviteur, et mon homme est aux plaids.
----Pour s'échapper de nous, Dieu sait s'il est allègre.
----Pour moi, je ne dors plus : aussi je deviens maigre,
 45 C'est pitié. Je m'étends, et ne fais que bailler.
----Mais, veille qui voudra, voici mon oreiller.
----Ma foi, pour cette nuit, il faut que je m'en donne !
----Pour dormir dans la rue, on n'offense personne.
----Dormons.

 

scène 2 : PETIT JEAN, L'INTIMÉ.

----------L'INTIMÉ
----Dormons. Ay, Petit Jean ! Petit Jean !

----------PETIT JEAN
----Dormons. Ay, Petit Jean ! Petit Jean ! L'Intimé !
 50 Il a déjà bien peur de me voir enrhumé

----------L'INTIMÉ
----Que diable ! si matin que fais tu dans la rue ?

----------PETIT JEAN
----Est-ce qu'il faut toujours faire le pied de grue ?
----Garder toujours un homme, et l'entendre crier ?
----Quelle gueule ! Pour moi, je crois qu'il est sorcier.

----------L'INTIMÉ
 55 Bon !

----------PETIT JEAN
----Bon ! Je lui disais donc, en me grattant la tête,
----Que je voulais dormir. « Présente ta requête
----Comme tu veux dormir », m'a-t-il dit gravement.
----Je dors en te contant la chose seulement.
----Bonsoir.

----------L'INTIMÉ
----Bonsoir. Comment bonsoir ? Que le diable m'emporte
 60 Si... Mais j'entends du bruit au-dessus de la porte.

 

scène 3 : PETIT JEAN, L'INTIMÉ, DANDIN.

----------DANDIN
----Petit Jean ! L'Intimé !

----------L'INTIMÉ, à Petit Jean
----Petit Jean ! L'Intimé ! Paix !

----------DANDIN
----Petit Jean ! L'Intimé ! Paix ! Je suis seul ici.
----Voilà mes guichetiers en défaut, Dieu merci.
----Si je leur donne temps, ils pourront comparaître.
----Çà, pour nous élargir, sautons par la fenêtre.
 65 Hors de cour !

----------L'INTIMÉ
----Hors de cour ! Comme il saute !

----------PETIT JEAN
----Hors de cour ! Comme il saute ! Ho ! monsieur ! je vous tien.

----------DANDIN
----Au voleur ! Au voleur !

----------PETIT JEAN
----Au voleur ! Au voleur ! Ho ! nous vous tenons bien,

----------L'INTIMÉ
----Vous avez beau crier.

----------DANDIN
----Vous avez beau crier. Main forte ! l'on me tue !

 

scène 4 : PETIT JEAN, L'INTIMÉ, DANDIN, LÉANDRE.

----------LÉANDRE
----Vite un flambeau ! j'entends mon père dans la rue.
----Mon père, si matin, qui vous fait déloger ?
 70 Où courez-vous la nuit ?

----------DANDIN
----Où courez-vous la nuit ? Je veux aller juger.

----------LÉANDRE
----Et qui juger ? Tout dort.

----------PETIT JEAN
----Et qui juger ? Tout dort. Ma foi ! Je ne dors guères.

----------LÉANDRE
----Que de sacs ! Il en a jusques aux jarretières.

----------DANDIN
----Je ne veux de trois mois rentrer dans la maison.
----De sacs et de procès j'ai fait provision.

----------LÉANDRE
 75 Et qui vous nourrira ?

----------DANDIN
----Et qui vous nourrira ? Le buvetier, je pense.

----------LÉANDRE
----Mais où dormirez vous, mon père ?

----------DANDIN
----Mais où dormirez vous, mon père ? A l'audience.

----------LÉANDRE
----Non, mon père, il vaut mieux que vous ne sortiez pas.
----Dormez chez vous ; chez vous faites tous vos repas.
----Souffrez que la raison enfin vous persuade ;
 80 Et pour votre santé...

----------DANDIN
----Et pour votre santé... Je veux être malade.

----------LÉANDRE
----Vous ne l'êtes que trop. Donnez vous du repos ;
----Vous n'avez tantôt plus que la peau sur les os.

----------DANDIN
----Du repos ? Ah ! sur toi tu veux régler ton père ?
----Crois-tu qu'un juge n'ait qu'à faire bonne chère,
 85 Qu'à battre le pavé comme un tas de galants,
----Courir le bal la nuit, et le jour les brelans ?
----L'argent ne nous vient pas si vite que l'on pense.
----Chacun de tes rubans me coûte une sentence.
----Ma robe vous fait honte : un fils de juge ! Ah ! fi !
 90 Tu fais le gentilhomme. Hé ! Dandin, mon ami,
----Regarde dans ma chambre et dans ma garde-robe
----Les portraits des Dandins : tous ont porté la robe ;
----Et c'est le bon parti. Compare prix pour prix
----Les étrennes d'un juge à celles d'un marquis :
 95 Attends que nous soyons à la fin de décembre.
----Qu'est-ce qu'un gentilhomme ? Un pilier d'antichambre.
----Combien en as-tu vu, je dis des plus huppés,
----À souffler dans leurs doigts dans ma cour occupés,
----Le manteau sur le nez, ou la main dans la poche ;
100 Enfin pour se chauffer, venir tourner ma broche !
----Voilà comme on les traite. Hé ! mon pauvre garçon,
----De ta défunte mère, est-ce là la leçon ?
----La pauvre Babonnette ! Hélas ! lorsque j'y pense,
----Elle ne manquait pas une seule audience !
105 Jamais, au grand jamais, elle ne me quitta.
----Et Dieu sait si souvent ce qu'elle en rapporta :
----Elle eût du buvetier emporté les serviettes,
----Plutôt que de rentrer au logis les mains nettes.
----Et voilà comme on fait les bonnes maisons. Va,
110 Tu ne seras qu'un sot.

----------LÉANDRE
----Tu ne seras qu'un sot. Vous vous morfondez là,
----Mon père. Petit Jean, ramenez votre maître,
----Couchez-le dans son lit ; fermez porte, fenêtre ;
----Qu'on barricade tout, afin qu'il ait plus chaud.

----------PETIT JEAN
----Faites donc mettre au moins des garde-fous là-haut.

----------DANDIN
115 Quoi ? L'on me mènera coucher sans autre forme ?
----Obtenez un arrêt comme il faut que je dorme.

----------LÉANDRE
----Hé ! par provision, mon père, couchez-vous.

----------DANDIN
----J'irai ; mais je m'en vais vous faire enrager tous :
----Je ne dormirai point.

----------LÉANDRE
----Je ne dormirai point. Hé bien ! à la bonne heure !
120 Qu'on ne le quitte pas. Toi, l'Intimé, demeure.


 

scène 5 : L'INTIMÉ, LÉANDRE.

----------LÉANDRE
----Je veux t'entretenir un moment sans témoins.

----------L'INTIMÉ
----Quoi ? vous faut-il garder ?

----------LÉANDRE
----Quoi ? vous faut-il garder ? J'en aurais bon besoin,
----J'ai ma folie, hélas ! aussi bien que mon père.

----------L'INTIMÉ
----Ho ! vous voulez juger ?

----------LÉANDRE
----Ho ! vous voulez juger ? Laissons là le mystère.
125 Tu connais ce logis ?

----------L'INTIMÉ
----Tu connais ce logis ? Je vous entends enfin :
----Diantre ! l'amour pour tient au coeur de bon matin.
----Vous me voulez parler sans doute d'Isabelle.
----Je vous l'ai dit cent fois : elle est sage, elle est belle ;
----Mais vous devez songer que Monsieur Chicanneau
130 De son bien en procès consume le plus beau.
----Qui ne plaide-t-il point ? Je crois qu'à l'audience
----Il fera, s'il ne meurt, venir toute la France.
----Tout auprès de son juge, il s'est venu loger :
----L'un veut plaider toujours, l'autre toujours juger,
135 Et c'est un grand hasard s'il conclut votre affaire,
----Sans plaider le curé, le gendre et le notaire.

----------LÉANDRE
----Je le sais comme toi. Mais malgré tout cela,
----Je meurs pour Isabelle.

----------L'INTIMÉ
----Je meurs pour Isabelle. Et bien épousez-la.
----Vous n'avez qu'à parler, c'est une affaire prête.

----------L'ÉANDRE
140 Hé !cela ne va pas si vite que ta tête.
----Son père est un sauvage à qui je ferais peur.
----À moins que d'être huissier, sergent ou procureur,
----On ne voit point sa fille ; et la pauvre Isabelle,
----Invisible et dolente, est en prison chez elle.
145 Elle voit dissiper sa jeunesse en regrets,
----Mon amour en fumée et son bien en procès.
----Il la ruinera si l'on le laisse faire.
----Ne connaîtrais-tu pas quelque honnêtre faussaire
----Qui servît ses amis, en le payant, s'entend,
150 Quelque sergent zélé ?

----------L'INTIMÉ
----Quelque sergent zélé ? Bon ! l'on en trouve tant !

----------LÉANDRE
----Mais encore ?

----------L'INTIMÉ
----Mais encore ? Ah ! monsieur ! si feu mon pauvre père
----Était encor vivant, c'était bien votre affaire.
----Il gagnait en un jour plus qu'un autre en six mois ;
----Ses rides sur son front gravaient tous ses exploits.
155 Il vous eût arrêté le carosse d'un prince ;
----Il vous l'eût pris lui-même ; et si dans la province
----Il se donnait en tout vingt coups de nerf de boeuf,
----Pour père pour sa part en emboursait dix-neuf.
----Mais de quoi s'agit-il ? Suis-je pas fils de maître ?
160 Je vous servirai.

----------LÉANDRE
----Je vous servirai. Toi ?

----------L'INTIMÉ
----Je vous servirai. Toi ? Mieux qu'un sergent peut-être.

----------LÉANDRE
----Tu porterais au père un faux exploit ?

----------L'INTIMÉ
----Tu porterais au père un faux exploit ? Hon ! hon !

----------LÉANDRE
----Tu rendrais à la fille un billet ?

----------L'INTIMÉ
----Tu rendrais à la fille un billet ? Pourquoi non ?
----Je suis des deux métiers.

----------LÉANDRE
----Je suis des deux métiers. Viens, je l'entends qui crie.
----Allons à ce dessein rêver ailleurs.

 

scène 6 : CHICANNEAU, PETIT JEAN.

----------CHICANNEAU
----Allons à ce dessein rêver ailleurs. La Brie,
165 Qu'on garde la maison, je reviendrai bientôt.
----Qu'on ne laisse monter aucune âme là-haut.
----Fais porter cette lettre à la poste du Maine.
----Prends-moi dans mon clapier trois lapins de garenne,
----Et chez mon procureur porte-les ce matin.
170 Si son clerc vient céans, fais-lui goûter mon vin.
----Ah ! donne-lui ce sac qui pend à ma fenêtre.
----Est-ce tout ! Il viendra me demander peut-être
----Un grand homme sec, là, qui me sert de témoin,
----Et qui jure pour moi lorsque j'en ai besoin :
175 Qu'il m'attende. Je crains que mon juge ne sorte :
----Quatre heures vont sonner. Mais frappons à sa porte.

----------PETIT JEAN
----Qui va là ?

----------CHICANNEAU
----Qui va là ? Peut-on voir monsieur ?

----------PETIT JEAN
----Qui va là ? Peut-on voir monsieur ? Non.

----------CHICANNEAU
----Qui va là ? Peut-on voir monsieur ? Non. Pourrait-on
----Dire un mot à monsieur son secrétaire ?

----------PETIT JEAN
----Dire un mot à monsieur son secrétaire ? Non.

----------CHICANNEAU
----Et monsieur son portier ?

----------PETIT JEAN
----Et monsieur son portier ? C'est moi-même.

----------CHICANNEAU
----Et monsieur son portier ? C'est moi-même. De grâce,
180 Buvez à ma santé, monsieur.

----------PETIT JEAN
----Buvez à ma santé, monsieur. Grand bien vous fasse !
----Mais revenez demain.

----------CHICANNEAU
----Mais revenez demain. Hé ! Rendez donc l'argent.
----Le monde est devenu, sans mentir, bien méchant.
----J'ai vu que les procès ne donnaient point de peine :
----Six écus en gagnaient une demi-douzaine.
185 Mais aujourd'hui je crois que tout mon bien entier
----Ne me suffirait pas pour gagner un portier.
----Mais j'aperçois venir Madame la comtesse
----De Pimbesche. Elle vient pour affaire qui presse.

 

scène 7 : CHICANNEAU, LA COMTESSE.

----------CHICANNEAU
----Madame, on n'entre plus.

----------LA COMTESSE
----Madame, on n'entre plus. Hé bien ! l'ai-je pas dit ?
190 Sans mentir, mes valets me font perdre l'esprit.
----Pour les faire lever c'est en vain que je gronde ;
----Il faut que tous les jours j'éveille tout mon monde.

----------CHICANNEAU
----Il faut absolument qu'il se fasse celer.

----------LA COMTESSE
----Pour moi, depuis deux jours, je ne lui puis parler.

----------CHICANNEAU
195 Ma partie est puissante, et j'ai lieu de tout craindre.

----------LA COMTESSE
----Après ce qu'on m'a fait, il ne faut plus se plaindre.

----------CHICANNEAU
----Si pourtant j'ai bon droit.

----------LA COMTESSE
----Si pourtant j'ai bon droit. Ah ! monsieur, quel arrêt !

----------CHICANNEAU
----Je m'en rapporte à vous. Écoutez, s'il vous plaît.

----------LA COMTESSE
----Il faut que vous sachiez, monsieur, la perfidie...

----------CHICANNEAU
200 Ce n'est rien dans le fond.

----------LA COMTESSE
----Ce n'est rien dans le fond. Monsieur, que je vous die...

----------CHICANNEAU
----Voici le fait. Depuis quinze ou vingt ans en çà
----Au travers d'un mien pré, certain ânon passa,
----S'y vautra, non sans faire un notable dommage,
----Dont je formais ma plainte au juge du village.
205 Je fais saisir l'ânon. Un expert est nommé,
----À deux bottes de foin le dégât estimé.
----Enfin, au bout d'un an, sentence par laquelle
----Nous sommes renvoyés hors de cour. J'en appelle.
----Pendant qu'à l'audience on poursuit un arrêt,
210 Remarquez bien ceci, madame, s'il vous plaît,
----Notre ami Drolichon, qui n'est pas une bête,
----Obtient pour quelque argent un arrêt sur requête,
----Et je gagne ma cause. à cela, que fait-on ?
----Mon chicaneur s'oppose à l'exécution.
215 Autre incident : tandis qu'au procès on travaille,
----Ma partie en mon pré laisse aller sa volaille.
----Ordonné que sera fait rapport à la cour
----Du foin que peut manger une poule en un jour :
----Le tout joint au procès enfin, et toute chose
220 Demeurant en état, on appointe la cause,
----Le cinquième ou sixième avril cinquante-six.
----J'écris sur nouveaux frais. Je produis, je fournis
----De dits, de contredits, enquêtes, compulsoires,
----Rapports d'experts, transports, trois interlocutoires,
225 Griefs et faits nouveaux, baux et procès-verbaux.
----J'obtiens lettres royaux, et je m'inscris en faux.
----Quatorze appointements, trente exploits, six instances,
----Vingt-six productions, vingt arrêts de défenses,
----Arrêt enfin. Je perds ma cause avec dépens
230 Estimés environ cinq à six mille francs.
----Est-ce là faire droit ? Est-ce là comme on juge ?
----Après quinze ou vingt ans ! Il me reste un refuge :
----La requête civile est ouverte pour moi.
----Je ne suis pas rendu. Mais vous, comme je vois,
235 Vous plaidez ?

----------LA COMTESSE
----Vous plaidez ? Plût à Dieu !

----------CHICANNEAU
----Vous plaidez ? Plût à Dieu ! J'y brûlerai mes livres.

----------LA COMTESSE
----Je...

----------CHICANNEAU
----Je... Deux bottes de foin, cinq à six mille livres !

----------LA COMTESSE
----Monsieur, tous mes procès allaient être finis ;
----Il ne m'en restait plus que quatre ou cinq petits :
----L'un contre mon mari, l'autre contre mon père,
240 Et contre mes enfants. Ah ! monsieur ! la misère !
----Je ne sais quel biais ils ont imaginé,
----Ni tout ce qu'ils ont fait ; mais on leur a donné
----Un arrêt par lequel, moi vêtue et nourrie,
----On me défend, monsieur, de plaider de ma vie.

----------CHICANNEAU
245 De plaider !

----------LA COMTESSE
----De plaider ! De plaider.

----------CHICANNEAU
----De plaider ! De plaider. Certes le trait est noir.
----J'en suis surpris.

----------LA COMTESSE
----J'en suis surpris. Monsieur, j'en suis au désespoir.

----------CHICANNEAU
----Comment ? lier les mains aux gens de votre sorte !
----Mais cette pension, madame, est-elle forte ?

----------LA COMTESSE
----Je n'en vivrai, monsieur, que trop honnêtement.
250 Mais vivre sans plaider, est-ce contentement ?

----------CHICANNEAU
----Des chicaneurs viendront nous manger jusqu'à l'âme,
----Et nous ne dirons mot ! Mais, s'il vous plaît, madame,
----Depuis quand plaidez-vous ?

----------LA COMTESSE
----Depuis quand plaidez-vous ? Il ne m'en souvient pas,
----Depuis trente ans, au plus.

----------CHICANNEAU
----Depuis trente ans, au plus. Ce n'est pas trop.

----------LA COMTESSE
----Depuis trente ans, au plus. Ce n'est pas trop. Hélas !

----------CHICANNEAU
255 Et quel âge avez-vous ? Vous avez bon visage.

----------LA COMTESSE
----Hé, quelque soixante ans.

----------CHICANNEAU
----Hé, quelque soixante ans. Comment ! c'est le bel âge
----Pour plaider.

----------LA COMTESSE
----Pour plaider. Laissez faire, ils ne sont pas au bout :
----J'y vendrai ma chemise ; et je veux rien ou tout.

----------CHICANNEAU
----Madame, écoutez-moi. Voici ce qu'il faut faire.

----------LA COMTESSE
260 Oui, monsieur, je vous crois comme mon propre père.

----------CHICANNEAU
----J'irais trouver mon juge.

----------LA COMTESSE
----J'irais trouver mon juge. Oh ! oui, monsieur, j'irai.

----------CHICANNEAU
----Me jeter à ses pieds.

----------LA COMTESSE
----Me jeter à ses pieds. Oui, je m'y jetterai :
----Je l'ai bien résolu.

----------CHICANNEAU
----Je l'ai bien résolu. Mais daignez donc m'entendre.

----------LA COMTESSE
----Oui, vous prenez la chose ainsi qu'il la faut prendre.

----------CHICANNEAU
265 Avez-vous dit, Madame ?

----------LA COMTESSE
----Avez-vous dit, Madame ? Oui.

----------CHICANNEAU
----Avez-vous dit, Madame ? Oui. J'irais sans façons
----Trouver mon juge.

----------LA COMTESSE
----Trouver mon juge. Hélas ! que ce monsieur est bon !

----------CHICANNEAU
----Si vous parlez toujours, il faut que je me taise.

----------LA COMTESSE
----Ah ! que vous m'obligez ! je ne me sens pas d'aise.

----------CHICANNEAU
----J'irais trouver mon juge, et lui dirais...

----------LA COMTESSE
----J'irais trouver mon juge, et lui dirais... Oui.

----------CHICANNEAU
----J'irais trouver mon juge, et lui dirais... Oui. Vois !
270 Et lui dirais : Monsieur...

----------LA COMTESSE
----Et lui dirais : Monsieur... Oui, monsieur.

----------CHICANNEAU
----Et lui dirais : Monsieur... Oui, monsieur. Liez-moi...

----------LA COMTESSE
----Monsieur, je ne veux point être liée.

----------CHICANNEAU
----Monsieur, je ne veux point être liée. à l'autre !

----------LA COMTESSE
----Je ne la serai point.

----------CHICANNEAU
----Je ne la serai point. Quelle humeur est la vôtre ?

----------LA COMTESSE
----Non.

----------CHICANNEAU
----Non. Vous ne savez pas, madame, où je viendrai.

----------LA COMTESSE
----Je plaiderai, monsieur, ou bien je ne pourrai.

----------CHICANNEAU
275 Mais...

----------LA COMTESSE
----Mais... Mais je ne veux pas, monsieur, que l'on me lie.

----------CHICANNEAU
----Enfin, quand une femme en tête a sa folie...

----------LA COMTESSE
----Fou vous-même.

----------CHICANNEAU
----Fou vous-même. Madame !

----------LA COMTESSE
----Fou vous-même ! Madame ! Et pourquoi me lier ?

----------CHICANNEAU
----Madame...

----------LA COMTESSE
----Madame... Voyez-vous, il se rend familier.

----------CHICANNEAU
----Mais, madame...

----------LA COMTESSE
----Mais, madame... Un crasseux, qui n'a que sa chicane,
280 Veut donner des avis !

----------CHICANNEAU
----Veut donner des avis ! Madame !

----------LA COMTESSE
----Veut donner des avis ! Madame ! Avec son âne !

----------CHICANNEAU
----Vous me poussez.

----------LA COMTESSE
----Vous me poussez. Bonhomme, allez gardez vos foins.

----------CHICANNEAU
----Vous m'excédez.

----------LA COMTESSE
----Vous m'excédez. Le sot !

----------CHICANNEAU
----Vous m'excédez. Le sot ! Que n'ai-je des témoins ?

 

scène 8 : PETIT JEAN, LA COMTESSE, CHICANNEAU.

----------PETIT JEAN
----Voyez le beau Sabbat qu'ils font à notre porte.
----Messieurs, allez plus loin tempêter de la sorte.

----------CHICANNEAU
285 Monsieur, soyez témoin...

----------LA COMTESSE
----Monsieur, soyez témoin... Que Monsieur est un sot.

----------CHICANNEAU
----Monsieur, vous l'entendez, retenez bien ce mot.

----------PETIT JEAN
----Ah ! Vous ne deviez pas lâcher cette parole.

----------LA COMTESSE
----Vraiment, c'est bien à lui, de me traîter de folle !

----------PETIT JEAN
----Folle ! Vous avez tort. Pourquoi l'injurier ?

----------CHICANNEAU
290 On la conseille.

----------PETIT JEAN
----On la conseille. Oh !

----------LA COMTESSE
----On la conseille. Oh ! Oui, de me faire lier.

----------PETIT JEAN
----Oh ! monsieur !

----------CHICANNEAU
----Oh ! monsieur ! Jusqu'au bout, que ne m'écoute-t-elle ?

----------PETIT JEAN
----Oh ! madame !

----------LA COMTESSE
----Oh ! madame ! Qui, moi, souffrir qu'on me querelle ?

----------CHICANNEAU
----Une crieuse !

----------PETIT JEAN
----Une crieuse ! Hé ! paix !

----------LA COMTESSE
----Une crieuse ! Hé ! paix ! Un chicaneur !

----------PETIT JEAN
----Une crieuse ! Hé ! paix ! Un chicaneur ! Holà !

----------CHICANNEAU
----Qui n'ose plus plaider.

----------LA COMTESSE
----Qui n'ose plus plaider. Que t'importe cela ?
295 Qu'est-ce qui t'en revient, faussaire abominable,
----Brouillon, voleur !

----------CHICANNEAU
----Brouillon, voleur ! Et bon, et bon, de par le diable !
----Un sergent ! un sergent !

----------LA COMTESSE
----Un sergent ! un sergent ! Un huissier ! un huissier !

----------PETIT JEAN
----Ma foi, juge et plaideurs, il faudrait tout lier.

 

Acte II

scène 1 : LÉANDRE, L'INTIMÉ.

----------L'INTIMÉ
----Monsieur, encore un coup, je ne puis pas tout faire :
300 Puisque je fais l'huissier, faites le commissaire.
----En robe sur mes pas il ne faut que venir,
----Vous aurez tout moyen de vous entretenir.
----Changez en cheveux noirs votre perruque blonde.
----Ces plaideurs songent-ils que vous soyez au monde ?
305 Hé ! lorsqu'à votre père ils vont faire leur cour,
----À peine seulement savez-vous s'il est jour.
----Mais n'admirez-vous pas cette bonne comtesse
----Qu'avec tant de bonheur la fortune m'adresse ;
----Qui, dès qu'elle me voit, donnant dans le panneau,
310 Me charge d'un exploit pour monsieur Chicanneau,
----Et le fait assigner pour certaine parole,
----Disant qu'il la voudrait faire passer pour folle,
----Je dis folle à lier, et pour d'autres excès
----Et blasphèmes, toujours l'ornement des procès ?
315 Mais vous ne dites rien de tout mon équipage ?
----Ai-je bien d'un sergent le port et le visage ?

----------LÉANDRE
----Ah ! fort bien.

----------L'INTIMÉ
----Ah ! fort bien. Je ne sais, mais je me sens enfin
----L'âme et le dos six fois plus durs que ce matin.
----Quoi qu'il en soit, voici l'exploit et votre lettre :
320 Isabelle l'aura, j'ose vous le promettre.
----Mais, pour faire signer le contrat que voici,
----Il faut que sur mes pas vous vous rendiez ici.
----Vous feindrez d'informer sur toute cette affaire
----Et vous ferez l'amour en présence du père.

----------LÉANDRE
325 Mais ne va pas donner l'exploit pour le billet.

----------L'INTIMÉ
----Le père aura l'exploit, la fille le poulet.
----Rentrez.

 

scène 2 : ISABELLE, L'INTIMÉ.

----------ISABELLE
----Rentrez. Qui frappe ?

----------L'INTIMÉ
----Rentrez. Qui frappe ? Ami. C'est la voix d'Isabelle.

----------ISABELLE
----Demandez-vous quelqu'un, monsieur ?

----------L'INTIMÉ
----Demandez-vous quelqu'un, monsieur ? Mademoiselle,
----C'est un petit exploit que j'ose vous prier
330 De m'accorder l'honneur de vous signifier.

----------ISABELLE
----Monsieur, excusez-moi, je n'y puis rien comprendre.
----Mon père va venir qui pourra vous entendre.

----------L'INTIMÉ
----Il n'est donc pas ici, mademoiselle ?

----------ISABELLE
----Il n'est donc pas ici, mademoiselle ? Non.

----------L'INTIMÉ
----L'exploit, mademoiselle, est mis sous votre nom.

----------ISABELLE
335 Monsieur, vous me prenez pour un autre, sans doute :
----Sans avoir de procès, je sais ce qu'il en coûte ;
----Et si l'on n'aimait pas à plaider plus que moi,
----Vos pareils pourraient bien chercher un autre emploi.
----Adieu.

----------L'INTIMÉ
----Adieu. Mais permettez...

----------ISABELLE
----Adieu. Mais permettez... Je ne veux rien permettre.

----------L'INTIMÉ
340 Ce n'est pas un exploit.

----------ISABELLE
----Ce n'est pas un exploit. Chanson.

----------L'INTIMÉ
----Ce n'est pas un exploit. Chanson. C'est une lettre.

----------ISABELLE
----Encor moins.

----------L'INTIMÉ
----Encor moins. Mais lisez.

----------ISABELLE
----Encor moins. Mais lisez. Vous ne m'y tenez pas.

----------L'INTIMÉ
----C'est de monsieur...

----------ISABELLE
----C'est de monsieur... Adieu.

----------L'INTIMÉ
----C'est de monsieur... Adieu. Léandre.

----------ISABELLE
----C'est de monsieur... Adieu. Léandre. Parlez bas.
----C'est de monsieur... ?

----------L'INTIMÉ
----C'est de monsieur... ? Que diable ! On a bien de la peine
----À se faire écouter : je suis tout hors d'haleine.

----------ISABELLE
345 Ah ! l'Intimé, pardonne à mes sens étonnés ;
----Donne.

----------L'INTIMÉ
----Donne. Vous me deviez fermer la porte au nez.

----------ISABELLE
----Et qui t'aurait connu déguisé de la sorte ?
----Mais donne.

----------L'INTIMÉ
----Mais donne. Aux gens de bien ouvre-t-on votre porte ?

----------ISABELLE
----Hé ! donne donc.

----------L'INTIMÉ
----Hé ! donne donc. La peste...

----------ISABELLE
----Hé ! donne donc. La peste... Oh ! ne donnez donc pas.
350 Avec votre billet retournez sur vos pas.

----------L'INTIMÉ
----Tenez. Une autre fois ne soyez pas si prompte.

 

scène 3 : CHICANNEAU, ISABELLE, L'INTIMÉ.

----------CHICANNEAU
----Oui, je suis donc un sot, un voleur, à son compte ?
----Un sergent s'est chargé de la remercier,
----Et je lui vais servir un plat de mon métier.
355 Je serais bien fâché que ce fût à refaire,
----Ni qu'elle m'envoyât assigner la première.
----Mais un homme ici parle à ma fille ! Comment ?
----Elle lit un billet ? Ah ! c'est de quelque amant.
----Approchons.

----------ISABELLE
----Approchons. Tout de bon, ton maître est-il sincère ?
360 Le croirai-je ?

----------L'INTIMÉ
----Le croirai-je ? Il ne dort non plus que votre père.
----Il se tourmente ; il vous...
----------(apercevant Chicanneau)
----Il se tourmente ; il vous... fera voir aujourd'hui
----Que l'on ne gagne rien à plaider contre lui.

----------ISABELLE
----C'est mon père ! Vraiment, vous leur pouvez apprendre
----Que si l'on nous poursuit, nous saurons nous défendre.
365 Tenez, voilà le cas qu'on fait de votre exploit.

----------CHICANNEAU
----Comment ! C'est un exploit que ma fille lisoit !
----Ah ! tu seras un jour l'honneur de ta famille :
----Tu défendras ton bien. Viens, mon sang, viens ma fille.
----Va ! je t'achèterai le Praticien françois.
370 Mais, diantre ! il ne faut pas déchirer les exploits.

----------ISABELLE
----Au moins, dites-leur bien que je ne les crains guère :
----Ils me feront plaisir. Je les mets à pis faire.

----------CHICANNEAU
----Hé ! ne te fâche point.

----------ISABELLE
----Hé ! ne te fâche point. Adieu, monsieur.

 

scène 4 : CHICANNEAU, L'INTIMÉ.

----------CHICANNEAU
----Hé ! ne te fâche point. Adieu, monsieur. Or çà,
----Verbalisons.

----------CHICANNEAU
----Verbalisons. Monsieur, de grâce, excusez-la :
375 Elle n'est pas instruite ; et puis, si bon vous semble,
----En voici les morceaux que je vais mettre ensemble.

----------L'INTIMÉ
----Non.

----------CHICANNEAU
----Non. Je le lirai bien.