MOUVEMENTS DE PENSEE

 

 

Le platonisme       

 

Doctrine d’un philosophe grec de l’Antiquité, PLATON, qui distingue d’une part le monde des idées pures et éternelles connues par l’esprit et  qui sont la seule réalité et d’autre part côté le monde terrestre, connu par les sens, qui n’est que l’ombre, le reflet du premier.

 

 

  Cette conception du monde est figurée par « le mythe de la caverne » dans une œuvre : La République

 

 

Elle a eu une grande influence sur la pensée chrétienne.

 

 

 

 

 

Saint Augustin est d'abord un philosophe chrétien et, bien sûr, toute sa pensée en est influencée.
Mais il a aussi lu Platon, le néo-platonicien Plotin (204-270). Il tente de réaliser la synthèse du christianisme et du platonisme.

 

 

 

 

 

Elle prend un nouvel essor à la Renaissance, notamment à Florence.

 

 

 

 

 

Marsile Ficin (1433-1499)

 

L'académie platonicienne fondée à Florence sous le règne de Cosme et Laurent de Médicis, qui rassemblait un cénacle de philosophes, d'érudits et de scientifiques, fut illustrée par Marsile Ficin le plus éminent représentant du platonisme de la Renaissance.
Ficin entreprend la traduction latine d'un grand nombre de textes platoniciens et néoplatoniciens (les dialogues de Platon, les Ennéades de Plotin, divers traités de Jamblique, de Porphyre, de Proclus et du pseudo-Denys). Son oeuvre de traducteur et d'exégète du platonisme eut une importance considérable dans l'Europe de la Renaissance. Son oeuvre personnelle est un effort de conciliation entre la révélation chrétienne et la "théologie platonicienne". Il s'oppose ainsi à l'aristotélisme des écoles de son époque qu'il accuse de détruire la religion. Ficin, en s'appuyant sur la tradition platonicienne, élabore une nouvelle apologétique, fondée sur une "pia philosophia" et une "docta religio".

 

 

Elle inspire les poètes qui voient, dans la femme aimée, la femme idéale : le platonisme ( d'où l'expression du langage courant : un amour platonique).

 

Pierre de Ronsard (1524-1585)

 

En 1545 , alors qu'il a vingt ans , il rencontre une jeune fille de treize ans, Cassandre Salviati. Aussitôt rencontrée, aussitôt disparue, la jeune Cassandre va devenir l'être "inaccessible". Elle se marie l'année suivante avec le seigneur de Pré. Elle sera à Ronsard, ce que Laure a été à Pétrarque, et va lui permettre de célébrer l'amour platonique

 

Ode à Cassandre

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au soleil,
A point perdu cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil.

Las ! voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place,
Las, las ses beautés laissé choir !
Ô vraiment marâtre Nature,
Puisqu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleur, la vieillesse
Fera ternir votre beauté.

Pétrarque (1303-1374)

 

 

 

 

 

 

   D'origine toscane, le poète Pétrarque vécut alternativement en Italie et dans la région d'Avignon où il rencontra Laure de Noves. Le Canzoniere est un recueil de poèmes qui lui sont dédiés, célébrant dans un style très maniériste cet amour platonique. Le pétrarquisme consiste à imiter cette façon de chanter l'amour. Jean de Tournes édita "le Chansonnier "à Lyon

 

Nulle paix je ne trouve, et je n'ai pas de guerre à faire :
Je crains et j'espère ; je brûle et je suis de glace.
Et je vole au plus haut des cieux, et je gis à terre ;
Et je n'étreins nulle chose, et j'embrasse le monde entier.

Qui me garde en prison la porte ne m'ouvre ni ne ferme,
Ni ne me tient pour sien, ni ne défait les liens ;
Amour ne me tue pas et ne m'ôte pas mes fers,
Ne me veut pas vivant, et ne vient pas à mon secours.

Je vois et n'ai point d'yeux, et sans langue je crie ;
Et je désire périr, et demande de l'aide ;
Et pour moi je n'ai que haine et pour autrui qu'amour

Je me repais de ma douleur, et en pleurant je ris ;
Également m'insupportent vie et mort :
En cet état je suis, Madame, pour vous.

Pétrarque, traduction Jean-Claude Monneret
Ronsard et du Bellay ont donné chacun une version française de ce texte.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le stoïcisme

 

 

 

 

Doctrine de Zénon, philosophe grec de l'Antiquité.

 

 

 

 

 ZENON DE CITION ( -- 325 ; -- 264 )

 

Le Romain Sénèque, puis Montaigne  (1533-1592), à une certaine époque de leur vie, ont suivi cette doctrine.

L'idée fondamentale est que le bien est dans la vertu, c'est-à-dire dans la volonté de dominer ses passions, dans l'effort pour atteindre la liberté intérieure en écartant la crainte de la douleur, du malheur et de la mort : le stoïcisme.(détachement du matériel,courage, dignité humaine)

 

LECTURE DE SÉNÈQUE  SENEQUE (-- 4 ; 65 )

Traduction et commentaire de la Lettre 61

par Pascal Boulhol

 Le bonheur est affaire de volonté

 

SENECA LVCILIO SVO SALVTEM

Desinamus quod uoluimus uelle. Ego certe id ago <ne> senex eadem uelim quae puer uolui. In hoc unum eunt dies, in hoc noctes, hoc opus meum est, haec cogitatio, inponere ueteribus malis finem. Id ago ut mihi instar totius uitae dies sit ; nec mehercules tamquam ultimum rapio, sed sic illum aspicio tamquam esse uel ultimus possit. Hoc animo tibi hanc epistulam scribo, tamquam me cum maxime scribentem mors euocatura sit ; paratus exire sum, et ideo fruar uita quia quam diu futurum hoc sit non nimis pendeo. Ante senectutem curaui ut bene uiuerem, in senectute ut bene moriar ; bene autem mori est libenter mori. Da operam ne quid umquam inuitus facias : quidquid necesse futurum est repugnanti, id uolenti necessitas non est. Ita dico : qui imperia libens excipit partem acerbissimam seruitutis effugit, facere quod nolit ; non qui iussus aliquid facit miser est, sed qui inuitus facit. Itaque sic animum componamus ut quidquid res exiget, id uelimus, et in primis ut finem nostri sine tristitia cogitemus. Ante ad mortem quam ad uitam praeparandi sumus. Satis instructa uita est, sed nos in instrumenta eius auidi sumus ; deesse aliquid nobis uidetur et semper uidebitur : ut satis uixerimus, nec anni nec dies faciunt. Vixi, Lucili carissime, quantum satis erat ; mortem plenus expecto. Vale.

Cessons de vouloir ce que nous avons voulu ! Pour ce qui me concerne, je fais en sorte de ne pas vouloir dans ma vieillesse les mêmes choses que dans mon enfance. Voilà le seul but vers lequel tendent mes jours, tendent mes nuits, voilà mon ouvrage, voilà ma pensée : mettre un terme à mes vieux maux. Je fais en sorte que le jour présent équivaille pour moi à la vie entière ; et, ma foi, je ne m'en empare point avec la pensée qu'il est le dernier, mais je le regarde en pensant qu'il pourrait, éventuellement, être le dernier. Je t'écris cette lettre avec la disposition d'esprit suivante : comme si la mort allait m'appeler au moment précis où j'écris. Je suis prêt à partir, et je jouirai de l'existence pour la raison que je ne me tourmente pas trop à me demander combien de temps cela durera. Avant la vieillesse, je me suis soucié de bien vivre ; arrivé à la vieillesse, je me soucie de bien mourir. Or, bien mourir, c'est mourir de bon gré. Applique-toi à ne jamais rien faire à contrecoeur. Tout ce qui doit arriver fatalement à l'homme qui résiste, cesse d'être une fatalité pour l'homme qui accepte. Je te le dis : quiconque reçoit de bonne grâce les ordres qu'on lui donne, échappe à l'aspect le plus pénible de la servitude, qui est de faire ce qu'on ne voudrait pas. L'homme malheureux n'est pas celui qui fait quelque chose sur commande, mais celui qui le fait à contrecoeur. Disposons donc notre esprit de manière à vouloir tout ce que les circonstances exigeront, et surtout de manière à penser sans tristesse à la fin de notre existence. Nous devons nous préparer à la mort avant de nous préparer à la vie. La vie est approvisionnée de manière suffisante, mais nous, nous sommes toujours insatiables de ses ressources : nous avons le sentiment que quelque chose nous manque, et nous l'aurons toujours. Ce ne sont ni les années, ni les jours qui font que nous avons assez vécu : c'est notre esprit. J'ai vécu, très cher Lucilius, autant qu'il suffisait ; convive rassasié, j'attends la mort. Porte-toi bien.

Commentaire

La doctrine stoïcienne, en matière de morale, prône la maîtrise de soi et l'acceptation volontaire de tout ce qui ne dépend pas de nous, en vue d'obtenir l'autosuffisance à laquelle doit aspirer l'être doué de raison. Le sage, à cet égard, est l'homme libre par excellence, puisqu'il est parvenu à s'affranchir de toutes les craintes et passions qui aliènent le vulgaire. Dans sa 61e Lettre à Lucilius, Sénèque aborde ce thème déjà banal à son époque, et qu'il traite en maint autre passage de sa correspondance ou de son oeuvre philosophique. Mais il donne ici une dimension très personnelle à ce sujet rebattu, en le liant à l'évocation de sa propre vieillesse et des modifications que l'approche de la mort a apportées à son regard sur la vie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'épicurisme       Épicure (- 341 ; - 270 )
 

 

 

 

 

Doctrine d'un philosophe grec de l'Antiquité, Épicure, qui met l'accent sur les sensations. Le souverain bien est le plaisir mais le plaisir contrôlé : il s'agit de jouir avec modération des plaisir offerts par la nature.

La doctrine d'Épicure peut être résumée par ce que les épicuriens ont appelé le tetrapharmakos (quadruple-remède) formulé ainsi :

« Le dieu n'est pas à craindre ; la mort ne donne pas de souci ; et tandis que le bien est facile à obtenir, le mal est facile à supporter. »

Le nom de pharmacie indique la finalité de la pensée épicurienne : il faut guérir les hommes des maux qui les accablent. Si la présentation de l'épicurisme dans cet article suit une division classique de la philosophie, sa finalité ultime devra être toujours gardée à l'esprit.

La morale épicurienne est une morale qui fait du plaisir le bien, et de la douleur le mal. Pour atteindre le bonheur (l'ataraxie), l'épicurien suit les règles du quadruple remède :

Épicure classe ainsi les désirs :

 

Classification des désirs selon Épicure
Désirs naturels Désirs vains
Nécessaires Simplement naturels Artificiels Irréalisables
Pour le bonheur (ataraxie) Pour la tranquillité du corps (protection) Pour la vie (nourriture, sommeil) Variation des plaisirs, recherche de l'agréable Ex : richesse, gloire Ex : désir d'immortalité

 

 

 

 

Elle est reprise par les Romains, Lucrèce et Horace

 

 
 LUCRECE (- 64 ; - 8  )
 
 
 
 
 
 
Nil igitur mors est ad nos, neque pertinet hilum,
 
Quandoquidem natura animi mortalis habetur.
« La mort n'est donc rien pour nous et ne nous touche en rien, puisque la nature de l'âme apparaît comme mortelle. » (III, 830)
 
 
 
 
HORACE (- 65 ; - 8 )
 
( auteur de la formule "Carpe diem" : " Cueille le jour " ).
carpe diem : expression métaphorique: carpere se dit des fruits que l'on cueille; diem est assimilé à ces fruits. Cueillir le jour, c'est d'abord, dans le geste de celui qui cueille un fruit, le saisir à pleines mains pour ne pas le lâcher; c'est oublier, au moins pour un temps, le fruit d'à côté, le reste de l'existence, en particulier, pour ce qui concerne notre poème, le futur.
 
 
Miniature
d'un manuscrit scolié d'Horace,
XII ème siècle.

 

 

 

 

 

 

Elle inspire Ronsard  (1524-1585), qui invite à jouir des plaisir délicats du temps présent.

" Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain. Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie. ": L'épicurisme.(plaisirs sains)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'idéal courtois

 

 

 

Morale qui apparaît dans les cours médiévales du Sud de la France à partir du XIe siècle, sous l'influence des femmes de la noblesse. Elle est chantée par les troubadours qui célèbrent le culte du seigneur pour sa dame, la soumission absolue à l'amour.

 

 

 

Guillaume de Poitiers 

(1071 - 112)

«uns dels majors cortés del monde e dels majors trichardos de domnas.» 

(«un des hommes les plus courtois du monde, et des plus habiles à tromper les femmes».)
Guillaume de Poitiers (Guillaume IX, duc d'Aquitaine), Vida de Guillaume.

 

Un troubadour est un poète, un chanteur, durant le Moyen Âge, en Occitanie, en Catalogne et en Italie. Le terme troubadour est utilisé pour désigner les artistes utilisant la langue d'oc, c'est-à-dire ceux originaire du sud de la Loire. Il vient du verbe occitan trobar, qui veut dire trouver.

Voici une des œuvres composées par le comte duc d'Aquitaine, en langue d'oc :

Je n'adorerai qu'elle ! (Chanson)

(occitan)

Farai chansoneta nueva,
Ans que vent ni gel ni plueva:
Ma dona m'assaya e-m prueva,
Quossi de qual guiza l'am;
E ja per plag que m'en mueva
No-m solvera de son liam.

(français)

Ferai chansonnette nouvelle
Avant qu'il vente, pleuve ou gèle
Ma dame m'éprouve, tente
De savoir combien je l'aime ;
Mais elle a beau chercher querelle,
Je ne renoncerai pas à son lien.

Qu'ans mi rent a lieys e-m liure,
Qu'en sa carta-m pot escriure.
E no m'en tenguatz per yure,
S'ieu ma bona dompna am!
Quar senes lieys non puesc viure,
Tant ai pres de s'amor gran fam.

Je me rends à elle, je me livre,
Elle peut m'inscrire en sa charte ;
Et ne me tenez pour ivre
Si j'aime ma bonne dame,
Car sans elle je ne puis vivre,
Tant de son amour j'ai grand faim.

Per aquesta fri e tremble,
Quar de tam bon'amor l'am,
Qu'anc no cug qu'en nasques semble
En semblan del gran linh n'Adam.

Pour elle je frissonne et tremble,
Je l'aime tant de si bon amour !
Je n'en crois jamais née de si belle
En la lignée du seigneur Adam.

 

 


Elle inspire les plus belles oeuvres du Moyen Âge notamment le cycle breton

 

avec Tristan et Yseult  et  Lancelot du lac .

 

 

Elle sera reprise par la préciosité au XVIIe siècle : L'idéal courtois.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'humanisme

 

Mouvement culturel européen qui commence en Italie, dès le milieu du XIVe siècle, avec Pétrarque. Il s'y épanouit ( c'est le "Quattrocento ") puis s'étend dans tous les pays européens et notamment en France.

L'Humanisme fut d'abord une activité, un métier. Dès le XIIIe siècle, le premier usage d'"umanista" désigne le professeur de langues anciennes avec une connotation péjorative (le "pédant", le "grammairien") qui n'a rien de surprenante à une époque où les deux modèles de perfection humaine étaient le Saint et l'Héroïsme militaire.

 

La bataille de San Romano, ici peinte par Paolo Uccello, annonce l'avènement de la cité de Florence et de ses marchands sur la scène européenne.

 

Le Quattrocento, contraction de mille quattrocento en Italien, correspond au XVe siècle italien ; s'y déroule le mouvement appelé Première Renaissance.
Au Quattrocento, un profond changement s'opère en Italie. Une nouvelle ère fleurit, une ère qui rompt avec le
Moyen Âge qualifié généralement d’ère de l’ignorance, c'est le début de la
Renaissance.

 

"On ne peut rien voir de plus admirable dans le monde que l'homme" disait Pic de la Mirandole en 1486.

 

 

 

 

Pic de la Mirandole (1463-1494)

 

Giovannni Bellini  (1430-1516)

Saint Jérôme

 

 

 

 

 

 

Il se caractérise par un renouveau d'intérêt pour la culture antique et biblique, pour ses valeurs intellectuelles et humaines : sentiments et confiance dans les possibilités de l'intelligence humaine et dans la grandeur de l'homme qui, se libérant de certaines des contraintes du christianisme médiéval, recherche son épanouissement sur la terre.

 

 

Au-delà de ces limites historiques, c'est un mouvement permanent qui met l'accent sur l'homme, sur ses possibilités , sur sa valeur, sur ses droits et sa liberté : l'humanisme

 Une propagation rapide fut possible grâce à la combinaison de trois grands facteurs:


-Les grandes découvertes ouvrent des horizons nouveaux, fouettent l'imagination, suscitent de nouvelles réflexions et de nouvelles disciplines (comme la cosmographie de Mercator).


-La présence de souverains éclairés, de princes protecteurs ou de puissants épris de culture favorisent l'esprit nouveau... et son financement : François Ier en France, les Médicis (Cosme puis Laurent) à Florence, Mathias Corbin en Hongrie, le cardinal Cisneros en Espagne...


-Enfin, le développement de l'imprimerie facilite la diffusion des traductions des grands Anciens mais aussi des oeuvres humanistes comme celle d'Érasme qui vit dans la région d'Europe la mieux pourvue en villes, riche en échanges culturels et première zone d'expansion de l'imprimerie et des foires aux livres: la Hollande.

 

ÉRASME

 (1466-1536)

Figure majeure de l'humanisme chrétien, Érasme fut cet inlassable défenseur des libertés, militant de la paix et porteur d'une vision de l'Europe de la culture qu'il tenta vainement d'imposer dans un contexte marqué par le bellicisme et les troubles réformistes.

    Au XVIe siècle, l'Humanisme rayonne et est devenu le mouvement emblématique du renouveau de la pensée et de la sensibilité européenne qu'est la Renaissance. Parmi les principales figures humanistes; des peintres (Vinci, Dürer, les Holbein, Metsys), des philosophes (Bacon, Vives, Thomas More), des moralistes (Montaigne, Rabelais, Érasme) mais aussi des médecins, des astronomes, des sculpteurs, des philologues comme Guillaume Budé, des imprimeurs influents et prestigieux comme Etienne Dolet.

 

Montaigne    
(1533-1592)

 
Les quelques 57 sentences ou phrases ont été peintes
par Montaigne sur les travées du plafond de
cette pièce du château qu'il appelait
sa "librairie".
5. Citation grecque. Sophocle, Ajax, 552.
La vie la plus douce, c'est de ne penser à rien.
 
15. Citation grecque. Platon, Cratyle.
Le bon est admirable
 
19. Citation grecque. Hérodote, VII, 10.
Dieu ne laisse personne d'autre que lui-même s'enorgueillir.

20. Summum nec metuas diem nec optes. Martial, Épigrammes, X, 47.
Ne crains ni ne souhaite ton dernier jour.

23. Ne plus sapias quam necesse est, ne obstupescas. Eccl., 7.
Ne sois pas plus sage qu'il ne faut, de peur d'être stupide

 


Si la mort prématurée de son ami, de cet autre soi-même, Étienne de La Boétie avait failli lui ôter jadis le goût de vivre, Montaigne, en bon émule des stoïciens, combattit cette amitié perdue par l'amour d'une femme, mais un amour "tempéré", c'est-à-dire faisant place à d'autres préoccupations

 

"Parce que c'était lui, parce que c'était moi."
[Montaigne, en parlant des raisons de son amitié pour La Boétie, plus de 25 ans après la mort de celui-ci]
 

 

Michel Eyquem de Montaigne (St-Michel de Montaigne 1533-id.1592)

 

    Ce contemplatif capital de l'humanisme français parvint à édifier une véritable citadelle du "moi intime" (Les Essais) malgré un contexte de violence où bellicismes religieux et politiques déchiraient le pays.
   Il fut la figure de "l'honnête homme", indépendant d'esprit, soucieux de modération et de sagesse.

"C'est un homme qui pense véritablement, non pour les autres, mais pour lui-même, et qui fait l'inventaire de ses pensées, qui les pèse, qui les étire, qui les passe au feu de la critique, sans égards, sans respect. C'est quand on le suit qu'on saisit bien ce qu'il faut de force humaine pour douter . Douter est un travail de force, comme forger."

Alain in Propos Gallimard, 1920

Les Essais : c'est le journal d'un homme à la recherche de la sagesse ; sincère, modeste, peint sa propre nature
"Je suis moi-même la matière de mon livre" et s'appuie sur sa nature pour converser avec le lecteur.
Les Essais sont publiés en 3 livres successifs en 1588, parution du dernier

 

 

MONTAIGNE - Essais - Livre I

Au Lecteur

C'EST icy un livre de bonne foy, lecteur. Il t'advertit dés l'entree, que je ne m'y suis proposé aucune fin, que domestique et privee : je n'y ay eu nulle consideration de ton service, ny de ma gloire : mes forces ne sont pas capables d'un tel dessein.

 Je l'ay voüé à la commodité particuliere de mes parens et amis : à ce que m'ayans perdu (ce qu'ils ont à faire bien tost) ils y puissent retrouver aucuns traicts de mes conditions et humeurs, et que par ce moyen ils nourrissent plus entiere et plus vifve, la connoissance qu'ils ont eu de moy. Si c'eust esté pour rechercher la faveur du monde, je me fusse paré de beautez empruntees.

 Je veux qu'on m'y voye en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans estude et artifice : car c'est moy que je peins. Mes defauts s'y liront au vif, mes imperfections et ma forme naïfve, autant que la reverence publique me l'a permis. Que si j'eusse esté parmy ces nations qu'on dit vivre encore souz la douce liberté des premieres loix de nature, je t'asseure que je m'y fusse tres-volontiers peint tout entier, Et tout nud.

Ainsi, Lecteur, je suis moy-mesme la matiere de mon livre : ce n'est pas raison que tu employes ton loisir en un subject si frivole et si vain. A Dieu donq.
De Montaigne, ce 12 de juin 1580.

Etude:

Dans ce texte il est préférable de réaliser un découpage par paragraphe voir même par lignes.
Montaigne dès la première ligne de son introduction précise de façon étonnante que son œuvre est "de bonne foi", il ne ment pas. D'ailleurs il n'écrit pas pour un simple lecteur ni pour une quelconque renommée mais pour sa famille. Pour que ces parents tirent avantage, il va bientôt mourir. Il y a une certaine agression envers le lecteur, il n'a aucune considération pour lui. Il précise bien les rapports qu'il veut entretenir avec lui, et aussi avec ses proches.



¤ Dans le premier §, l. 1 à 3 :  s'adresse au lecteur
¤ Dans le deuxième §, l. 4 à 7 :  précise qu'il lui destine cet ouvrage
¤ Dans le troisième §, l. 8 à 12 :  peinture de lui même et limite à cette sincérité
¤ Dans le quatrième §, l. 13 à 15 :  congédie le lecteur


PREMIER PARAGRAPHE

Le lecteur est directement interpellé et tutoyé. Il est interpellé de façon impérative "t'avertit", "lecteur". Il est interpellé et mis à l'écart. Montaigne n'a pas écrit pour lui.
Le projet de Montaigne paraît être défini négativement "ne … que", "nulle … ni". Le but est strict, ce livre est placé sous le signe de la vérité et de la sincérité et Montaigne le précise en toutes lettres. Ne souhaitons pas accroître sa renommée ou sa situation il explique ironiquement qu'il ne demande aucun commentaire aux lecteurs curieux.

DEUXIÈME PARAGRAPHE

Montaigne veut donc limiter ses lecteurs à ses proches "domestique et privée" se précise par " parents et amis". Il donne une première justification à cette autobiographie; il veut lutter contre la mort. L'antithèse entre "perdu" et "retrouvé" met en valeur sa justification. En quelques sortes l'écriture permettrait de survivre
Il se justifie une seconde fois en expliquant qu'il ne veut pas que l'on ait une fausse image de lui, l'autobiographie, selon lui, met en jeu une communication entre les êtres, il peut ainsi mieux se faire connaître, mieux faire savoir ce qu'il est vraiment. "entière et plus vive", il veut tout faire connaître sur lui

TROISIÈME PARAGRAPHE

Montaigne définit son projet comme un système d'opposition entre ce qu'il a fait et ce qu'il n'a pas fait. Il le met en valeur par une opposition entre les formes temporelles (subj. Imparfait et conditionnel pour ce qu'il n'a pas voulu faire et présent et conditionnel pour ce qu'il a fait).
"marche étudiée", "mieux paré", "artifice" sont les adjectifs employés pour montrer qu'il ne se présente pas de cette façon, mais de celle ci : "façon simple, naturelle et ordinaire", "sans contention et artifice", 'tout entier et tout nu".
Il veut se présenter le plus vrai, le plus simple possible. Il oppose son moi que l'on présente aux autres (moi social) et son moi profond (celui qu'il présente).
Cette communication brise le superficiel. Aux lignes 10, 11 et 12 il donne des limites à l'écriture autobiographique, si Montaigne avait vécu ailleurs (il veut dire dans un pays de censure moins sévère), il aurait écrit sur lui encore plus de choses car il est occidental et doit respecter certaines règles de la bienséance;

QUATRIÈME PARAGRAPHE

Montaigne pose la forme la plus logique de le conclusion "adieu donc". Il congédie le lecteur.
Il récapitule le projet dans une formule "je suis moi même la matière de mon livre".
Il se pose le problème auquel il est confronté, et c'est lui le premier écrivain à y être confronté. Comment un sujet particulier peut-il intéresser un public ? il est conscient du paradoxe de l'autobiographie.


CONCLUSION

A travers cet avertissement Montaigne se pose tous les problèmes de l'autobiographie.
Les problèmes d'écriture (pas assez sincère ou trop personnel) et les problèmes de public visé (sera t'il intéressé par la vie privée d'un individu ?)

 

 

             

Leonardo da Vinci (Vinci, près de Florence 1452-Château de Cloux, près d'Amboise 1519)
Artiste et inventeur italien.

     L'Humanisme eut une prodigieuse postérité, une foisonnante fortune. Une forme d'humanisme imprégna largement l'esprit des Lumières au XVIIIe siècle. Le XIXe siècle positiviste expliquait par l'entremise d'A. Comte qu'il s'agissait de substituer une "religion de l'homme" à la religion de Dieu. Et au cours de notre siècle si prompt à malmener la notion humaniste d'être humain, on peut évoquer l'humanisme marxiste, l'humanisme existentialiste, l'humanisme de l'"Autre" d'Emmanuel Levinas, l'humanisme de Camus ou de Malraux...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le baroque    .

Gian Lorenzo Bernini, Extase de sainte Thérèse

 

 

 

 

Le mot baroque dont l'étymologie portugaise signifie « bizarre » (barrocco désignant des perles aux formes irrégulières) est compris aujourd'hui comme qualifiant l'art de la période qui commence en Italie lors de la Contre-Réforme (milieu du XVIe siècle).

 

Mouvement culturel et artistique qui apparaît à la fin du XVIe siècle, notamment dans l'art (architecture, peinture) et dans les littératures de tous les pays d'Europe occidentale puis à travers l'Espagne, en Amérique du Sud. Il s'épanouit au XVIIe siècle et se prolonge au XVIIIe siècle avec le style rococo.

Le qualificatif s'applique à toutes les formes d'art, et principalement l'architecture, mais aussi à la peinture, la sculpture, la littérature et la musique. Le style baroque laisse libre cours à la sensibilité et exprime souvent l'angoisse — Jean de Sponde —, l'exubérance, etc., par des jeux de style exagérés et parfois parodiques. Jorge Luis Borgès définit le baroque pour un artiste comme un abus de son propre style. Au sens premier, le baroque est donc l'antithèse de la sobriété, de la retenue. Il est emphatique, déclamatoire, grandiloquent. Mais dans beaucoup de cas le mot tend plus à situer la période que les caractéristiques de l'œuvre considérée. C'est ainsi que les anglo-saxons considèrent souvent comme écrivains « baroques » les auteurs dramatiques Pierre Corneille et Jean Racine que les francophones considèrent quant à eux — et avec raison — comme les héros du classicisme.

 

Pierre Mignard (1612-1695)

Le baroque a été critiqué par les protestants, en particulier les Puritains. Certains ont vu dans cet art une dégénérescence de l’art de la Renaissance. Les positivistes du XIXe siècle on condamné sa fantaisie et son apparent désordre. Les artistes des XVIIe et XVIIIe siècle n’ont pas utilisé le terme baroque pour qualifier leurs œuvres. Certaines réalisations sont ambiguës et difficiles à classer : le château de Versailles a une architecture classique, mais l’exubérance de la décoration intérieure évoque plutôt la fantaisie baroque. Il faut aussi replacer l’art baroque dans son contexte social et politique. Il se développe selon des modalités très différentes d’un pays à l’autre.

 

En France ce mouvement connaît sa période la plus brillante de 1580 à 1660 environ. Il inspire notamment une poésie très intéressante par ses thèmes et nourrit la préciosité. Il se mêle à l'art classique dans la décoration de Versailles.

 

En France, l'art baroque porte le nom de Classicisme.

En effet, il ne cède jamais complètement aux débordements baroques, et , s'il adopte les marques luxueuses du baroque, il le fait avec ... cartésianisme. Ici, l'influence et l'ingérence de l'Église dans le développement de l'art est moins forte que dans la plupart des pays; c'est le pouvoir politique, surtout de Louis XIV, qui trace les lignes de "l'acceptable" tant pour la religion que pour les artistes. La plupart d'entre eux travaillent pour le Roi et se dédient à encenser sa grandeur.

 

 

 

 

 

 

 

 

Il oppose en quelque sorte, et par réaction avec les tendances iconoclastes et de dépouillement artistique des religions réformées, une exubérance des formes propre à surprendre, à séduire le spectateur et à exalter la magnificence de Dieu et le faste de la « vraie religion ». Le style baroque s’applique donc le plus souvent aux édifices catholiques.

Eglise San Carlo alle Quattro Fontane, par Borromini, Rome

 

En effet, il ne cède jamais complètement aux débordements baroques, et , s'il adopte les marques luxueuses du baroque, il le fait avec ... cartésianisme. Ici, l'influence et l'ingérence de l'Église dans le développement de l'art est moins forte que dans la plupart des pays; c'est le pouvoir politique, surtout de Louis XIV, qui trace les lignes de "l'acceptable" tant pour la religion que pour les artistes. La plupart d'entre eux travaillent pour le Roi et se dédient à encenser sa grandeur.

 

Le mouvement baroque met l'accent sur la liberté contre les règles, sur le mouvement, l'instabilité des formes, le provisoire, l'outrance :

"J'écoute, à demi transporté

Le bruit des ailes du silence

Qui vole dans l'obscurité"

 

(Saint-Amant)

 

 

En littérature:

Le XVIIe siècle baroque

Une première vague baroque se constitue en deux temps : 1610 et 1630.

Dans un premier temps, en 1610, on assiste à l'épanouissement de quatre genres : la poésie, sous forme épique ou lyrique (Le Tasse, D'Aubigné, Malherbe, Régnier, Gongora ; le roman pastoral sous sa forme d'itinéraire sentimental compliqué (l'Astrée, d'Honoré D'Urfé), d'aventures hasardeuses picaresques (les aventures du Picaro Guzman d'Alfarache de Mateo Aleman ou celles de Don Quichotte, de Cervantès) ; le théâtre, avec l'incroyable floraison des auteurs élisabéthains (Marlowe, Chapman, Tourneur) et l'œuvre de Shakespeare ; enfin les écrits moraux ou spirituels (Charron, saint François de Sales)

Pierre Corneille (1606-1684)

Marquise, si mon visage
A quelques traits un peu vieux,
Souvenez vous qu'à mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux.

Le temps aux plus belles choses
se plait à faire un affront,
Et saura fâner vos roses
Comme Il a ridé mon front.

Stances à Marquise du Parc

 

La seconde période voit son apogée autour des années 1630 : on assistait une extension considérable du genre dramatique, particulièrement en Espagne (Calderon, Lope de Véga) mais aussi en France (Corneille, Rotrou), en Hollande (Vondel) et en Angleterre (John Ford). Le genre romanesque se distribue en "roman précieux" à la française dans le sillage de l'Astrée, ou en roman picaresque ou burlesque (Sorel, Scarron)  ; l'essai philosophique, théologique, politique, scientifique connaît un essor lié au développement de la méthode et de la science (Descartes, Galilée, Francis Bacon, Hobbes, Grotius, Pascal) ; la poésie lyrique a pour représentants les "baroques" français (Théophile de Viau, Saint-Amant, Tristan L'Hermite) ou italiens (Marino).

Le XVIIIe siècle baroque

Une deuxième vague baroque recouvre la première moitié du 18e siècle. Elle se manifeste plus particulièrement dans le domaine musical (voir musique baroque) et dans les arts plastiques (peinture, sculpture, ...). On lui donne quelquefois le nom de "rococo", encore que cette appellation s'appliquent surtout, en France, aux arts ornementaux.

 

On peut la définir, littérairement, par le retour de l'imaginaire et de l'affectivité, alors qu'à l'inverse se développe la raison (du Siècle des Lumières). Cet imaginaire se manifeste par l'emploi de la fiction, dans le conte (Perrault, Mme D'Olnoy) ou le voyage imaginaire ayant parfois un caractère symbolique (Swift, Voltaire).

Basilique rococo à Ottobeuren (Bavière)

L'affectivité s'exprime à travers le " roman de compassion ", dont le héros principal est une victime (Richardson, Abbé Prévost). Le théâtre de Marivaux illustre bien ce rococo littéraire français, dans lequel on retrouve un mélange de subtilité dans l'étude des sentiments et de fantaisie légère, venue du théâtre italien.

                                                                                  

Résumé :

Genre 1610 1630 1700...
Poésie Le Tasse, D'Aubigné, Malherbe, Régnier, Gongora France : Théophile de Viau, Saint-Amant, Tristan L'Hermite

Italie : Marino

 
Roman l'Astrée, d'Honoré D'Urfé, Picaro Guzman d'Alfarache de Mateo Aleman, Don Quichotte, de Cervantès "roman précieux" à la française,

roman picaresque ou burlesque (Sorel, Scarron)

Fiction, conte : Perrault, Mme D'Olnoy

roman de compassion : Richardson, abbé Prévost

Théâtre Marlowe, Chapman, Tourneur, Shakespeare Espagne : Calderon, Lope de Véga

France : Corneille, Rotrou

Hollande : Vondel

Angleterre : John Ford

Marivaux
Textes d'idées Écrit moraux ou spirituels de Charron, de saint François de Sales Essai : Descartes, Galilée, Francis Bacon, Hobbes, Grotius, Pascal Voyage imaginaire : Swift, Voltaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La préciosité

 

 

Mouvement sociale et culturel de la première moitié du XVIIe siècle crée par les femmes nobles en réaction aux moeurs grossières de l'époque. S'inspirant de la morale courtoise des romans pastoraux du début du siècle, elles élaborent un code amoureux, imposent le raffinement des manière et du langage.

Ainsi s’instaure un véritable « jargon » précieux. Les esprits recherchent les bons mots et des expressions peu communes.

Les richesses du vocabulaire sont source d’inspiration. Ceci amène à périphraser et faire preuve d’une grande ingéniosité.
 

Elles réunissent, dans leurs salons, théoriciens du langage et de la littérature, poètes et intellectuels qui auront une grande influence sur la formation de la langue et de la littérature classiques.

 

 Madame de Sévigné est introduite  aux alentours de 1635 dans le plus prestigieux des salons, l’hôtel  de Rambouillet. Elle doit cela à son ami et professeur Gilles  Ménage qui a développé en elle le goût des études  et l’art de la langue. C’est dans ce salon qu’elle  fait connaissance de ses plus grandes amies, notamment Madame de LaFayette.

 

Madame de Lafayette (1634-1693)

 

Portrait de Mme de Sévigné par Mme de  Lafayette sous le nom d' "Inconnu".                                    Madame de Sévigné (1626-1696)
 
Madame de Lafayette rédige  cet éloge de son amie pour "Le Recueil de Portraits et  d'Eloges" dédié à Mlle de Montpensier. Elle se refuse  à l'accabler de banals compliments sur sa beauté:
 
    [...]Je ne veux point vous dire toutes  ces choses, votre miroir vous le dit assez : mais comme vous ne vous  amusez pas à lui parler, il ne peut vous dire combien vous êtes  aimable quand vous parlez; et c'est ce que je veux vous apprendre.  Sachez donc, madame, si par hasard vous ne le savez pas, que votre  esprit pare et embellit si fort votre personne, qu'il n'y en a point  sur la terre d'aussi charmante, lorsque vous êtes animée  dans une conversation d'où la contrainte est bannie. Tout ce  que vous dites a un tel charme et vous sied si bien, que vos paroles  attirent les ris et les grâces autour de vous, et le brillant  de votre esprit donne un si grand éclat à votre teint et  à vos yeux, que, quoiqu'il semble que l'esprit ne dût toucher  que les oreilles, il est pourtant certain que le vôtre éblouit  les yeux. [...]Vous êtes sensible à la gloire et à  l' ambition, et vous ne l'êtes pas moins aux plaisirs: vous paraissez  née pour eux, et il semble qu'ils soient faits pour vous; votre  présence augmente les divertissements, et les divertissements  augmentent votre beauté.[...]
 

 

 

Mlle de Scudéry (1607-1701)

 

La Carte de Tendre est née d'une liaison platonique entre Pellisson et Mlle de Scudéry. Les villages de ce pays imaginaire portent les noms de «billet doux», "billet galant", "jolis vers" échangés, images des hésitations, progrès et nuances sentimentales du couple, sans que jamais ne soit traversée la Mer Dangereuse ou ne soient atteintes les "Terres inconnues". Chaque amant doit, pour conquérir le coeur de sa belle, sans se noyer dans le "Lac d'Indifférence", parcourir les chemins de "Soumission", "Petits Soins" et d'autres villes plus exigeantes encore.

 

 

Mais les autres grands esprits de l’époque attaquent les précieux sans « pincettes ». Notamment Molière qui, dans sa pièce :

" Les précieuses ridicules " dénonce les extravagances de mauvais goût. En effet, les dames comme Mlle de Scudéry portent des costumes chargés, voulant se distinguer même par l’habit. Elles portent des coiffures en pointe, à la picarde ou à la paysanne ; elles brandissent d’un air badin de petites cannes et abusent de rubans... les hommes ne sont pas en reste. En effet, la perruque longue, les plumes extravagantes au chapeau sont à la « mode ». Pour couronner le tout, on abuse de parfums et de fards.

 

 

 

 

Cathos des "Précieuses Ridicules", exprime dans un style précieux qu'il est particulièrement inconvenant de se présenter démuni de riches accessoires : des plumes, des chapeaux flottants ou des pantalons bouffants. 

 

 

 

En même temps, une excessive recherche dans le style rapproche ce mouvement du mouvement baroque. Dans le langage courant, l'adjectif a pris une nuance péjorative et désigne un comportement ou un langage affecté et maniéré : la préciosité

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le mouvement libertin

Gassendi ( 1592 - 1677 )« Gassendi, prêtre et libertin »

 

 

 

 

Courant de pensée particulièrement actif dans la première moitié du XVIIe siècle en France, avec Gassendi et les poètes baroques.

Le courant libertin du XVIIe siècle

  Les libertins

Leurs croyances

Cyrano de Bergerac

 

Ses adeptes sont sceptiques en religion, épris de liberté et notamment de la liberté des moeurs; certains vont jusqu'à l'athéisme. Ils font scandale et sont poursuivis par les autorités religieuses.

 

 

 

Quelques rares auteurs libertins du XVIIe siècle, principalement des poètes, ont étendu leurs revendications libertaires à la sexualité (amour libre ; homosexualité ; érotisme…) et ont même eu recours, en véritable précurseurs du marquis de Sade, à l'obscénité et au blasphème comme arme dans leurs luttes contre les oppressions religieuses, sociales et politiques. On citera ainsi :

         Théophile de Viau qui failli être envoyé au bûcher pour son Parnasse satyrique du sieur Théophile

         Claude Le Petit qui, lui, professa ouvertement un athéisme radical et qui, ayant littéralement éreinté la religion et la monarchie dans son Bordel des Muses, finit sur le bûcher en Place de Grève

 

Ces deux derniers exemples montrent que, au XVIIe siècle, le mouvement libertin, s'il était toléré au sein de la (grande) aristocratie, en revanche, fut généralement soumis à une répression féroce de la part du pouvoir temporel en raison des multiples pressions exercées en ce sens par la hiérarchie catholique.

 

 

Molière ( 1622-1673 )

 

On trouve l'écho de ces affrontements dans le" Dom Juan" de Molière : le mouvement libertin

 

( L'expression est restée dans le langage courant pour désigner un homme d'une grande liberté dans le domaine amoureux : un libertin )

 

 

Mais c'est bien au XVIIIe siècle, et, plus précisément, à partir de la Régence, que le mouvement libertin prit son véritable essor et connut un rayonnement nullement négligeable par la publication d'un nombre croissant d'ouvrages, désormais écrits en prose.

Avec cette évolution du genre littéraire, le mouvement libertin, à l'exception de quelques auteurs marquants, comme le marquis de Sade, glisse de l'obscénité à l'allusion, du défi à une dialectique subtile et de l'affirmation des exigences du corps à celle des droits de l'esprit. En même temps, elle développe sa dimension sociologique en procédant à la critique exhaustive des mœurs du siècle.

Ainsi, à Don Juan qui affirmait sa souveraineté sociale, économique et sexuelle, succède, au plan des mœurs sexuelles, un nouveau héros - le séducteur - qui, ne se contentant plus de l'action pure, se pose comme conscience réflexive, veut se regarder agir et accorde moins que jamais une quelconque place au sentiment dans le libre exercice de ses passions.

 

 

Pour tous les auteurs libertins, la nature est un champ de forces qui s'affrontent, un univers de proies et de prédateurs, un monde sans morale car en dehors de toute moralité. Mais un monde dont on peut découvrir les lois qui le régissent, par l'observation, l'expérimentation…, afin de pouvoir, au fur et à mesure de l'avancée des connaissances scientifiques et techniques, agir sur les causes ou, du moins, les effets.

Ainsi, les libertins, au regard désenchanté, pessimiste, tragique… qu'ils posent sur la saga humaine, opposent un optimisme dont ils témoignent à l'égard de la nature.

 

Dans leur critique de la religion, les libertins s'attachent tout autant à démontrer l'inexistence de dieu en se fondant sur des arguments de Raison ainsi que sur les lois de la nature que l'impossibilité de prouver l'existence de dieu en arguant d'un humanisme qui remet l'humain à la mesure de toute chose mais une mesure qui, au regard de la nature, n'est pas… une démesure.

 

L'athéisme des libertins,  a aussi été un projet révolutionnaire de transformation des humains - de l'humain - et de destruction de l'ordre établi - temporel comme religieux . Bien qu'avançant masqué derrière un érotisme exacerbé et l'apparence d'un propos blasphématoire dénué de toute intention opératoire, le mouvement libertin, d'une simple philosophie de l'homme – même si c'était déjà beaucoup ! – s'est érigé en un projet politique.

 

C'est pourquoi, nombre de libertins rallieront avec enthousiasme et ferveur les rangs de la Révolution de 1789 en revendiquant d'emblée l'abolition de la monarchie et de la religion et que plusieurs d'entre eux payeront fort cher le prix de cet engagement. Mais c'est pourquoi aussi la plupart seront déçus - désenchantés – de ce qui, à leurs yeux, sera une véritable trahison de l'idéal et du projet révolutionnaires quand la Révolution renoncera à l'abolition de l'Ordre – de tous les ordres – pour substituer son propre ordre – avec son cortège de terreur liberticide – et instaurer la religion de l'Homme en place de celle de Dieu.

 

 

 

 

 

Bibliographies

 

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