CANCUN 2010
"L'espoir est revenu, le
cadre est fixé, la conférence de Durban 2011 devra commencer à le remplir"
Frédéric Fabre
Grâce à la détermination de la présidence mexicaine représentée par son ministre des affaires étrangères et au renfort diplomatique des grands pays du Sud tels que l’Inde, la machine multilatérale a redémarré à la COP 16, malgré la désagrégation de l’Union européenne et l’opposition de la Bolivie.
Deux textes adoptés par consensus dans la nuit du 10 au 11 décembre forment la base de l'accord de Cancun.
Le premier accord de deux pages, décide de la continuation du Protocole de Kyoto au-delà de 2012.
Toutefois, la fourchette de réduction globale de 25% à 40% de gaz à effet de serre d'ici à 2020 par rapport à 1990 n'est malheureusement mentionnée qu'à titre indicatif, et sans engagement réel par rapport au Les non dits des objectifs quantifiés et des dates butoirs demeurent. L'accord de Cancun ne reprend que l'intention, actée à Copenhague, de plafonner la hausse des températures à +2°, plutôt qu'à 1,5°C, comme le souhaitent les Etats insulaires les plus vulnérables.
Le second accord présente en 30 pages, un ensemble de résolutions et de mécanismes prolongeant l'architecture de la Convention climat.
Parmi ceux-ci, quatre volets majeurs prennent acte des aspirations des pays du Sud :
- Un cadre international
inédit sur l'adaptation au changement climatique. Le «Comité pour l’Adaptation» est
une nouvelle instance sous l’égide de la Convention, qui doit permettre de
favoriser l’adaptation des pays au réchauffement climatique.
- Le mécanisme de transferts de technologies sera composé notamment d’un Comité et d’un réseau de centres d’excellence pour les transferts de technologie. Dans nos pays développés, nous n’évoquons pas ce second volet perçu plus comme une perte que comme un gain. L'accord prévoit des technologies favorables à l’environnement soit en anglais "environmentally sound technologies". Il est seulement prévu que les transferts seront réalisés sur la base des choix nationaux et la question des droits de propriété intellectuelle n’est, quant à elle, toujours pas discutée.
- Un mécanisme de lutte contre la déforestation tropicale appelé REDD soit Réduction des Emissions liées au Déboisement et à la Déforestation. La mobilisation internationale des ONG et des peuples autochtones a été entendue. La conservation de la biodiversité des forêts anciennes est reconnue, ainsi que la participation des communautés locales et des habitants des jungles. Ces mesures seront financées par des ''fonds prévisibles et stables'', pour tenter d'éliminer le risque de spéculation sur des fonds forestiers alimentés par les marchés carbone.
- L'adoption d'un fonds vert pour le climat. Les pays du Sud ont accepté que ce fonds soit transitoirement géré par la Banque mondiale, sous la forme d'une entité financière séparée et transparente. Ce fonds sera piloté par un bureau de 24 membres, provenant à parité des pays développés et en développement.
Le fast start soit financements précoces seront débloqués dès 2010 et rassembleront 30 milliards de dollars additionnels d'ici à 2012 pour financer des mesures de réduction des émissions dans les pays en développement et des mesures d'adaptation aux impacts du réchauffement.
Les pays contributeurs
dont la France, doivent rendre compte
chaque année des sommes assignées et des projets financés auprès du Secrétariat
de la Convention climat dans le cadre de ce fonds, afin d'assurer une certaine
transparence et de vérifier qu'ils sont additionnels par rapport aux circuits de
l'aide au développement.
Au-delà de 2012, le fonds vert pour le climat devra prendre le relais et atteindre une dotation de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. Reste à remplir cette coquille vide et son financement. telles que la taxe Tobin, la taxe sur les bunkers maritimes ou plus probablement la mise aux enchères d’une partie des droits d’émissions des pays développés.
Cancun résulte d'un compromis entre les tenants d'un protocole contraignant, et l Ces pays refusent de reconduire Kyoto si tous les grands émetteurs, Chine autant qu'Etats-Unis, ne s'y rallient pas.
Le ministre indien de l'environnement, Jairam Ramesh, a joué un rôle positif en entraînant la Chine à débloquer sa position sur les ''MRV'', acronyme désignant l'instauration d'un système de ''mesure, vérification et rapportage''.
Le MRV est devenu une des clés de voûte du système. Son acceptation par les nouveaux grands émetteurs que sont la Chine et l'Inde marque un pas vers leur engagement dans un système international de comptabilisation transparente et de contrôle des émissions.
DES NEGOCIATIONS TROP LENTES, UN RECHAUFFEMENT QUI S'ACCELERENT
Les pays d'Afrique et les Etats insulaires ont tiré une fois de plus la sonnette
d'alarme sur l'accélération du réchauffement de la planète.
L'année 2010 a été confirmée par la NASA comme la plus chaude enregistrée depuis
131 ans.
Les déclarations de Georges W Bush en 2004 alors Président des USA «le mode de vie américain n'était pas négociable» sont désavouées puisque le préambule après une référence aux droits de l'homme, prévoit que le changement climatique exige «un changement de paradigme» afin de construire des sociétés à bas carbone avec des technologies et modes de vie durable, tout en considérant les impacts sociaux.
Le préambule vise la «responsabilité historique» des pays développés, sur la base des émissions cumulées. Cette formulation qui introduit potentiellement un nouveau principe, avait toujours été refusée par les Etats-Unis jusqu’à présent.
La Bolivie est allée jusqu'à refuser l'accord. Son porte-parole, Pablo Solon, a estimé que le texte manque de substance, accrédite une hausse de 4°C des températures au cours de ce siècle, et revient à ''un écocide''. Isolé, il n'est pas parvenu à enrayer le consensus. La dérive de l'accord sur le climat continue. Rien ne semble réellement acquis à Cancun, car rien n'oblige les pays industrialisés à poursuivre le processus, sinon un engagement formel, mais révocable à Durban l'année prochaine.
LE SITE OFFICIEL DE COP 16 OU CANCUN 2010 : http://cc2010.mx/es/

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